Swisscom teste une voiture sans pilote à Zurich

Pour la première fois de l’histoire, Swisscom teste une voiture sans pilote à Zurich.

«Voilà, départ». Tinosch Ganjineh lâche les mains du volant, le VW break démarre. Elle s’avance lentement pour déboucher sur une route principale, enclenche toute seule le clignotant. La voiture prend de la vitesse, puis ralentit une quinzaine de mètres avant un feu rouge, avant de s’immobiliser en douceur. «Nous avons programmé une conduite défensive, le comportement de la voiture est donc prudent», explique le responsable du laboratoire d’innovation Autonomos de l’Université libre de Berlin. Ce qui n’empêche pas la voiture de faire des erreurs. Quelques mètres auparavant, elle a mordu de quelques centimètres une ligne blanche centrale, avant de corriger sa trajectoire. «La voiture a certes dévié, mais la précision du GPS lui a immédiatement permis de rétablir la situation», explique Tinosch Ganjineh.

Ce mardi, Swisscom a ainsi présenté à Zurich la première voiture roulant en Suisse sans conducteur. L’opérateur télécoms s’est associé à l’Université libre de Berlin, mais pas à Google, qui fait rouler des voitures sans conducteur depuis six ans aux Etats-Unis. «L’innovation ne naît pas seulement dans la Silicon Valley, l’Europe avance aussi», a estimé Christian Petit, responsable de la clientèle Entreprise chez Swisscom. «Nous n’allons jamais fabriquer de voiture, poursuit en préambule le responsable. Mais le but est de devenir un acteur majeur dans la mobilité et la numérisation de la Suisse».

Ainsi, Swisscom fait rouler ce VW break – immatriculé en Allemagne – depuis le 4 mai, jusqu’au 14, à Zurich. «Nous voulons prendre un maximum de mesures, comprendre le comportement de la voiture, ses besoins en termes d’information, poursuit Christian Petit. Nous rendrons publics ces résultats dans quelques semaines». La voiture est truffée de capteurs: un radar laser sur le toit, un autre sur le pare-chocs avant, des caméras à l’avant, une antenne GPS…

«Le véhicule est plus sûr lorsqu’il est connecté à Internet, mais il l’est déjà hors connexion, assure Tinosch Ganjineh. Le GPS est spécial, avec une précision de deux à trois centimètres. Et nous n’avons pas eu d’accident depuis 2011». Sur l’écran de l’ingénieur, assis sur le siège passager, l’on voit ce que détecte le radar, qui a une portée de 60 mètres: d’autres voitures en mouvement, mais aussi des piétons.

Quel est le but de ces tests? «L’innovation vient parfois, dans certains marchés, de la part d’acteurs totalement étrangers au secteur. Prenez Tesla et Uber, ils créent de la disruption sur un marché bien établi, estime Christian Petit. Nous voulons jouer un rôle dans le domaine de la voiture sans conducteur, même si elle ne sera sans doute pas commercialisée avant dix ans. Nous avons déjà beaucoup d’expérience dans le domaine automobile». Sans faire de bruit, l’opérateur a ainsi créé, début avril, une coentreprise avec Sixt Leasing pour gérer des parcs automobiles. Swisscom aide des entreprises à partager des places de parcs entre collaborateurs. L’opérateur investit aussi dans l’Internet des objets, avec des projets pilotes lancés à Genève et Zurich.

Autonomos Labs car

De son côté, le laboratoire berlinois Autonomos poursuit ses tests. «Nous avons fait rouler nos voitures depuis des années en Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis et au Mexique. La Suisse nous donne de nouvelles expériences», dit Tinosch Ganjineh. Le laboratoire a ainsi remarqué que la voiture devait s’adapter aux feux de signalisation suisses, différents de ceux existant en Allemagne. «Au Mexique, l’absence de marquage sur les routes est un défi. Et en Allemagne, la voiture doit parfois faire des choix difficiles en cas de neige: suivre la route qu’elle connaît, ou les traces faites par les véhicules la précédant?»

En Suisse, légalement, le VW Break ne peut circuler sans un conducteur (qui peut prendre le contrôle à tout moment) et un ingénieur à ses côtés.

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